PANORAMA

28 mai 2013

Définitions

Le mot panorama est construit sur deux racines grecques: pan (tout) et horama (spectacle, vision). Ce mot a été crée par Robert Barker, natif d'Edimbourg, pour désigner sa création dont le brevet d'invention lui fut accorder, à Londres, le 19-6-1787. P. Larousse en donne la définition suivante : vaste tableau circulaire placé autour d'une rotonde, de façon que le spectateur voie les objets représentés comme si, placé sur une hauteur, il découvrait tout l'horizon environnant.
Par glissement métonymique ce terme s'applique au bâtiment qui abrite le tableau. Ce qui crée parfois une ambiguïté.
Le sens actuel de vaste paysage où la vue n'est limitée par aucun obstacle date de 1830.
Depuis 1925 il désigne un plan cinématographique pris en faisant pivoter la caméra sur son axe.

 

Description d'une rotonde

Coupe rotonde montrant l'angle de vision du spectateur

Le 28 fructidor de l’an XIII (15 septembre 1800) l’Institut National des Sciences et des Arts reconnait officiellement le procédé panoramique par ce rapport :
« Au centre d’un édifice circulaire s’élève une plate-forme isolée, dont la hauteur est moitié de celle de l’édifice, environnée d’une balustrade. Cette plate-forme oblige le spectateur à être dans tous ses mouvements à une certaine distance des murs de l’enceinte circulaire. Sur ces murs est tendue la toile du tableau, exposée de manière que, couvrant la totalité de la circonférence, ses deux extrémités se confondent en un même point. Les objets y sont représentés d’après les règles ordinaires de la perspective et de la peinture, en prenant le centre de la plate-forme pour le point de station du spectateur.
Une ouverture circulaire est pratiquée dans le cône de la toiture au pourtour des parois, donne accès au jour, et en dirige tous les rayons sur le tableau exclusivement. Un vaste para jour, élevé sur la tête des spectateurs, vient encore amortir pour leurs yeux l’éclat de la lumière, et empêcher que leur ombre ne se porte sur la peinture ; son ton gris foncé contraste avec les tons lumineux et transparents des ciels ; et en dérobant à la vue l’ouverture qui laisse pénétrer le jour, il ajoute à l’effet du tableau.
Enfin, une toile de la même couleur que le para jour, et tendue en pente depuis les bords de la plate-forme jusqu’à l’extrémité inférieure du tableau, en dérobe la fin, intercepte la vue de l’intervalle qui sépare le spectateur, et de même que le para jour donne au ciel une étendue sans bornes, de même cette toile donne l’idée d’une grande profondeur. »

Des corridors sombres conduisent le spectateur jusqu'à sa place : ce trajet lui donne déjà l’illusion de passer sans transition de l’obscurité à la vue du tableau circulaire lumineux : « Alors, tous les points du panorama se présentent à la fois et il en résulte une certaine confusion ; mais bientôt, l’œil s’habituant au jour le tableau produit insensiblement son effet, et plus on le considère, plus on se persuade que l’on est en présence de la réalité » (Germain Bapst, Histoire des panoramas, 1891).

 

 

 Les premières rotondes à Paris


L’américain Robert Fulton arrive en 1786 en Grande-Bretagne afin d'étudier la peinture .Il s’était fait un nom en peignant des portraits à Philadelphie. Il se révèle plus doué pour la mécanique et est un des pionniers dans le développement des bateaux à vapeur.
C'est en 1797 que Fulton part pour la France proposer au Directoire certaines de ses inventions, dont un bateau sous-marin qu'il appelle Nautilus dont les essais seront concluants.
Robert Fulton dépose un brevet d'invention comme importateur des tableaux circulaires nommés panorama inventé par Robert Barker en Angleterre qui lui est accordé le 26 avril 1799 pour dix ans.
Il fait construire une rotonde à Paris en bordure du boulevard des Capucines et le premier panorama français est exposé en août 1799. C’est une vue de Paris depuis les Tuileries, peint par Pierre Prévost, Jean Mouchet, Constant Bourgeois et Denis Fontaine sous la direction de Fulton. Le Journal des Dames et des Modes en parle ainsi : « Il vient d’être offert à la curiosité des amis des arts, dans le Pavillon circulaire, construit, depuis peu, dans l’intérieur du Jardin d’Apollon, ci-devant des Capucines, près le boulevard, un plan de Paris, peint avec tout le charme de la vérité et tout le séduisant de l’optique. Ce plan s’offre à tous les regards, prés du thélégraphe des Tuileries ; le spectateur, placé sur une planche circulaire, au milieu de l’enceinte, est censé jouir de la perspective, qui a fourni l’idée du tableau aux artistes de mérite qui l’ont exécuté ; il le domine dans le pourtour du local, et, d’un seul regard, peut se promener sur la vaste enceinte de cette grande commune, et en distinguer tous les objets dignes de sa curiosité ».
Elle sera détruite lors du percement de la rue de la Paix en 1806.
Le Bulletin des lois n°21 publie l'arrêté n°131 du 4 avril 1800 suivant :
« Par acte notarié, en date du 17 frimaire dernier, et enregistré au secrétariat du département de la Seine le 22 ventôse suivant, le Citoyen Robert Fulton a transporté au Citoyen James Thayer et Henriette Beck son épouse, la totalité du brevet d’invention qui lui a été accordé au mois de floréal an VII, pour l’espace de dix années, comme importateur des tableaux circulaires nommés panorama. »
Thayer achète l’hôtel de Montmorency-Luxembourg et construit une rotonde de 14 mètres de diamètre dans le jardin, en retrait du boulevard Montmartre. Le panorama, dessiné par Pierre Prévost et Constant Bourgeois, représente l'évacuation de Toulon par les anglais en 1793.
Le peintre David, conduisant ses élèves pour observer les tableaux, se serait écrié : « Messieurs, c'est ici qu'il faut venir pour étudier la nature. »
En 1805, une seconde rotonde identique à la précédente est construite boulevard Montmartre ainsi que le passage.

passage des panoramas sous l'Empire                Scene de rue devant le passage, lithographie de Opitz, 1814

 

Montigny dans son guide « Le provincial à Paris » paru en 1825 ne signale une possibilité d’accès aux rotondes que du coté droit. L’accès à la seconde rotonde doit se faire par la passerelle que l’on aperçoit sur l'aquarelle datant de l’Empire. Ce qui laisse à penser que la deuxième rotonde et le passage ont été construits en même temps.
Les rotondes dépassent largement les immeubles à un étage qui les séparent du boulevard et on inscrit dessus, en grosses lettres, le sujet du panorama.
En 1806, James Thayer et Pierre Prévost construisent, sur ce qui reste du cirque Franconi après le percement de la rue de la Paix, une rotonde de 32 mètres de diamètre dont l'entrée se situait au 16-18 de l'actuelle rue Daunou.
Toutes ces rotondes sont construites dans un but fonctionnel et ne possèdent pas de décors extérieurs superflus
Napoléon visitera  la rotonde de la rue  Daunou vers 1810.
La rotonde de la rue Daunou est détruite en 1830 pour laisser la place à une opération immobilère.
Les rotondes, boulevard Montmartre, sont détruites en 1830 et 1831 par le percement de la rue Vivienne et de l'opération immobilière qui s'ensuivit.
La mode des panoramas ne disparait qu'avec l'arrivée du cinéma.

Les deux sujets utilisés sont des vues de ville et des scènes de bataille.

 

Pierre Prévost 

Pierre-PrevostPierre Prévost (1764-1823), va peindre 18 panoramas. Il sera:aidé par son frère Jean, son neveu Mathieu Cochereau. Pour certain par Joseph-Etienne Camille Roqueplan, Charles-Marie Bouton, Jean Mouchet, Constant Bourgeois, Denis Fontaine et Louis Daguerre.
- En 1799 une vue de Paris depuis les Tuileries.
- En 1800 l'évacuation de Toulon par les anglais en 1793.
- En 1804 Boulogne et la flottille destinée à l'envahissement de l'Angleterre.
- En 1806, Prévost réalise deux toiles : le panorama de Lyon et une vue d'Amsterdam.
- Des vues de Rome, de Naples.
- En 1809 l’Entrevue de Tilsit.
- En 1810 Wagram ainsi célébrée par Le Mercure de France du 28 juillet 1810 : « La bataille de Wagram est d’un effet magique ; on se trouve, en un moment, transporté du boulevard des Capucines dans les plaines de la haute Autriche. Cet ouvrage offrait des difficultés de plus d’un genre. Les unes ont été surmontées et les autres éludées avec beaucoup d’art. Comment éviter la monotonie dans une plaine immense, où l’on n’aperçoit aucun arbre, aucun accident de terrain, où les masses se trouvent jetées à l’horizon ? Pour obvier à cet inconvénient si grave, l’artiste a su varier les premiers plans en divisant sa surface en terres labourées, en prairies, en champs de blé, que traversent quelques grandes routes qui vont se perdre dans les derniers plans ».
- En 1812, une vue de la ville d’Anvers.
- En 1816 une vue de Londres que Miel commente dans le cadre du salon de 1817 : « Si je disais : qui a vu le panorama de Londres est allé à Londres, je pourrais être taxé d’exagération ; mais je ne serais que vrai en disant ; qui a vu le panorama de Londres sera en état de s’orienter dans Londres ».
- En 1819, une vue  de Calais et de Jérusalem.
- En 1821, une vue d’Athènes. Chateaubriand écrit dans sa préface de ses œuvres complètes parues de 1826 à 1831: « On a vu à Paris les Panoramas de Jérusalem et d’Athènes : l’illusion était complète ; je reconnus au premier coup d’œil les monuments et les lieux que j’avais indiqués. Jamais voyageur ne fut mis à si rude épreuve : je ne pouvais pas m’attendre qu’on transportât Jérusalem et Athènes à Paris, pour me convaincre de mensonge ou de vérité. La confrontation avec les témoins m’a été favorable : mon exactitude s’est trouvée telle que des fragments de l’Itinéraire ont servi de programme et d’explication populaire aux tableaux du Panorama ». 
- De Rio de Janeiro et du Danube.
- En 1823 il meurt lors de la réalisation du panorama de Constantinople

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